Le paysage de l’énergie est en pleine révolution, vous ne le voyez peut être pas encore si vous ne travaillez pas dans le secteur. L’ouverture à la concurrence s’est accélérée depuis quelques mois. Depuis que le digital s’est vraiment invité dans la course, le secteur a fait un bond en avant, ouvrant la porte à de nombreux nouveaux acteurs qui n’auraient pas pu, sans un accès facilité aux données, entrer sur le marché.
Travailler au quotidien pour les utilisateurs, m’a poussé à me poser plus longuement la question de l’évolution de la facturation électrique et de la responsabilisation du consommateur. La question du titre peut sembler provocante, mais elle mérite définitivement d’être posée.

Hier, la facturation sur le modèle estimatif

Jusqu’à aujourd’hui, le modèle de facturation pour les particuliers était basé essentiellement sur la capacité du fournisseur à estimer au plus juste la consommation d’électricité de son client, les rendez-vous de relevé de compteur servant de variables d’ajustement.

Un système que les utilisateurs ont du mal à comprendre tant il est bien rodé. Nombreux sont ceux qui nous ont avoué penser que les fournisseurs avaient la capacité de savoir exactement quelle quantité d’électricité avait été consommée par un logement.

Et en réalité lorsqu’on y pense, c’est une situation vraiment aberrante : vous consommez un produit en illimité, sans savoir combien, et à la fin on vient vous demander des comptes si vous avez dépassé la quantité qui était en fait.. limitée.
Pour vous expliquer ce système simplement : chaque année, le fournisseur d’électricité estime la consommation de l’année à venir pour votre logement. Il se base sur les informations que vous lui donnez (la taille de votre logement, le nombre de d’habitant, les appareils électriques), sur les historiques des années passées et sur d’autres paramètres (comme l’année de construction, l’isolation, etc). Ensuite, il étale cette estimation en 12 mensualités. C’est la raison pour laquelle vous payez le même prix tous les mois alors que vous ne consommez, en réalité, pas la même quantité d’électricité selon les mois.
À la fin de l’année, un technicien passe relever votre compteur d’électricité et le fournisseur voit à ce moment là s’il avait bien estimé votre consommation de l’année passé.
Vous aurez remarqué que c’est rarement le cas :

  • soit vous avez moins consommé d’électricité que ce qu’il pensait et vous avez donc trop payé pendant 12 mois, auquel cas le fournisseur vous rembourse.
  • soit, et c’est le plus souvent le cas, vous avez consommé plus que ce qu’il avait estimé et vous n’avez pas assez payé pendant les 12 mois. Vous lui devez donc ce qu’il manque. Nous avons ainsi des utilisateurs qui doivent parfois plus de 1000€ à leur fournisseur d’électricité au bout de cette année !

Nous avons ainsi des utilisateurs qui doivent parfois plus de 1000€ à leur fournisseur d’électricité au bout de cette année !

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Demain, la facturation au réel sera t-elle vraiment possible ?

Pour être plus exact, il existait jusqu’à peu chez EDF et encore chez quelques fournisseurs, la possibilité de payer sa consommation d’électricité sur la base du réel, c’est à dire d’être facturé de ce qu’on a consommé seulement.

Pour cela, le consommateur devait faire lui même une partie du travail : relever sa consommation d’électricité sur le compteur électrique et l’envoyer à son fournisseur. Il recevait donc une facture d’électricité tous les deux mois, qui était au plus proche de sa consommation. Pas vraiment de rattrapage dans ces cas-là.

Seul inconvénient de ce système au réel, un budget électricité qui peut énormément fluctuer dans l’année. Charge donc au consommateur d’absorber ces variations et d’être en capacité de payer durant les mois d’hiver, des factures 3 à 5 fois plus élevées qu’en été.

 

Linky, la nouvelle donne

Beaucoup s’accordent à le dire, l’arrivée du Linky bouleverse pas mal ce système, en partie. Le consommateur est désormais en capacité de connaître sa consommation réelle à tout moment, en un clic. Mais surtout, le fournisseur d’électricité est capable de lui facturer ses consommations au réel de manière plus exacte que le précédent relevé à la main.

Cependant, aucun fournisseur n’a encore franchi le pas et proposé au client la possibilité de payer uniquement la quantité d’électricité qu’il a consommé dans le mois.

 

La vraie question : comment préparer le consommateur ?

Si le système de la mensualisation prévisionnelle est le mode de facturation le plus répandu en France, c’est qu’il reste, malgré l’imprévisibilité des factures d’ajustement, plus facile à gérer pour le budget des ménages français.

Ça fait presque 50 ans qu’on a facilité par tous les moyens la consommation d’électricité en France, qu’on en est arrivé à dé-responsabiliser le client du réseau électrique.
Ne le nions pas, la consommation d’électricité c’est seulement un interrupteur qu’on allume et une facture que l’on reçoit une fois par an. En dehors de ça, on n’y pense plus du tout !

Comment du jour au lendemain on pourrait lui dire “Maintenant, vous ne payerez que l’électricité que vous consommez. En été, vous consommerez sans doute moins que les mensualités que vous aviez l’habitude de payer. En revanche, provisionnez un budget électricité pour l’hiver car vous allez payer beaucoup, beaucoup plus que d’habitude”.

Dans le système estimatif actuel, la réelle préoccupation du consommateur est simple : anticiper sa consommation d’électricité pour ne pas mettre en péril son budget.

L’un des moyens de lui permettre d’anticiper est la responsabilisation, c’est à dire, lui donner conscience que ses propres actions ont un impact.

Pourtant, il n’est pas dit que la facturation au réel soit la solution. En réalité, elle ne ferait que déporter le problème de visibilité, d’une échelle annuelle à une échelle plus courte. Là où on avait du mal à anticiper la consommation d’une année, demain la facturation au réel nécessiterait de donner une visibilité sur le mois en cours.

Vers une solution progressive

Aussi, responsabiliser les consommateurs, ne nécessite pas de changer de mode de facturation du tout au tout, mais de chercher des modèles progressifs. Peut-être comme dans les télécoms ? C’est à dire faire des contrats avec un minimum d’électricité à consommer. Par exemple, souscrire un abonnement d’électricité à 80kWh par mois et payer le hors forfait les fois où on dépasse trop comme l’hiver. Ou pourquoi pas même des forfaits à 160 kWh la semaine + 160 kWh le week-end.
PS : Jeunes “millennials”, j’imagine que vous ne saisissez pas vraiment cette référence, vous qui avez grandi dans le monde du tout illimité.

Le réel problème de l’électricité

Il reste tout de même une étape cruciale pour en arriver à ce genre de solution, c’est là que se pose la vraie question de la responsabilisation du consommateur : parvenir à lui faire prendre la mesure de l’unité utilisée, le kilowattheure.

Cette unité de mesure reste malheureusement cantonnée à son domaine. Pour reprendre l’exemple des télécom, on savait ce que c’était que de parler 1 minute au téléphone, ou d’appeler un numéro de mobile pendant 5 minutes. On utilise cette unité de temps partout ailleurs dans la vie : quand on dort, quand on attend quelqu’un, quand on doit aller quelque part, etc.
Il y a des unités de mesures, qui sont comme ça, compréhensibles universellement, qui supplantent d’autres unités de mesure. Par exemple, peu d’entre nous saisissons la puissance d’un moteur de voiture, mais un plein qui permet de faire 200 kilomètres ou 1000 kilomètres, nous donne en fait une bonne idée du type de véhicule dont il s’agit.
Mais les kilowattheures à qui ça parle vraiment ?

Ensuite le kilowattheure est trop spécifique pour être compréhensible. Tant que l’échelle de mesure reste impossible à saisir, on n’arrivera pas à responsabiliser les utilisateurs parce que le chemin psychologique est trop long. Oui, l’esprit humain ignore délibérément les raisonnements trop compliqués, préférant les raccourcis mentaux. Or, le kilowattheure nécessite une conversion mentale vers des paradigmes connus… jusqu’ici encore inconnus.

Donc, le consommateur est-il responsable de sa consommation ? Non il ne l’est pas et ne le sera toujours pas tant qu’il ne pourra pas maîtriser une unité de mesure qui n’a de sens que pour les gens qui s’y connaissent dans le domaine.
Dernier exemple : la data. Les unités de stockage qui font 128 gigaoctets ou 5 téraoctets, on sait à peu près quelle quantité choisir selon ses besoins, même si on ne comprend pas exactement ce qu’un octet représente en réalité. Ce genre d’unité 1/ s’est répandu parce qu’il n’était pas contraint dans un seul secteur. Et surtout 2/ parce que les consommateurs peuvent faire des essais, se tromper, ajuster.

Ce qu’il n’est pas possible de faire pour l’électricité aujourd’hui, qui reste un système complexe, vendu comme étant illimité (on peut en consommer autant qu’on veut), mais qui a la contrainte d’un produit limité (que l’on paye pour une quantité donnée).

Aussi, le système prévisionnel estimatif a encore du temps devant lui et continuera de déléguer la responsabilité de la maîtrise aux fournisseurs d’électricité, tant qu’on ne pourra pas parler une langue que les consommateurs sont capables de gérer.

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Norida co-fondatrice de Wivaldy

Co-fondatrice de Wivaldy.
J’étais comme vous, je n’y connaissais pas grand chose. Mais en faisant de la consommation d’électricité mon métier, j’ai découvert un sujet passionnant que j’aimerais partager avec vous. Suivez-moi dans l’aventure Wivaldy.

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